Cette semaine, j’ai réenregistré l’Adagio de la sonate Clair de Lune de Beethoven. Juste parce que je ne suis pas encore capable d’enregistrer le presto final comme je le voudrais. Ça a calmé ma frustration.

L’adagio est un mouvement régulièrement massacré, d’abord parce qu’il est « facile » ensuite parce qu’il est connu. Il n’y a aucune interprétation qui me plaise vraiment, tout le monde le jouant trop vite à mon goût. Pour moi, cette pièce doit se jouer de façon très sombre, très intérieure, comme si chaque note devait être la dernière.

J’ai toujours à l’esprit les enregistrements des grands pianistes disparus du XXe siècle : Gould, Kempff, Horowitz, etc. Leurs enregistrements de jeunesse étaient brillants et virtuoses, mais lorsqu’ils ont réenregistrés les mêmes pièces dans la maturité (cf les Variations Goldberg de Gould, version de 1956 vs. 1986 avant sa mort), on trouve souvent des bijoux bien plus fins, dépouillés de l’égo de la jeunesse, beaucoup plus sensibles et beaux à pleurer.

C’est de cet esprit que j’ai essayé de m’imprégner, enregistrant par un samedi après-midi pluvieux.

En espérant que vous aimerez autant que moi.