Les maîtres du clavecin du XVIIIe siècle sont des gens désagréables, surtout les français. En effet, l’ornementation (les « agrémens ») est rigoureusement codifiée (surtout chez Couperin), mais les symboles pour la noter sur le papier diffèrent non seulement entre pays, mais même en France entre compositeurs. La claveciniste Hélène Diot présente l’étendue du problème , sans apporter de réponse exhaustive (une table récapitulative des symboles et de leur développement en notes).

En piano, on aborde généralement le mordant, le mordant barré, le trille et le gruppetto, c’est à dire le minimum syndical pour aborder Bach et Händel. Depuis Chopin, qui écrivait carrément jouer sans ornementation sur ses partitions, on sait que les petites notes ajoutées ici et là sont réservées aux ploucs et à leur musique folklorique, vivante. Du reste, en piano, on dispose de suffisamment d’artifices expressifs pour se concentrer sur la qualité du son. En clavecin, on retire la possiblité de jouer les nuances, de faire durer le son suffisamment longtemps pour que ça vaille la peine de se préoccuper de l’étouffer, et on comprend qu’il faille être un peu plus créatif sur l’interprétation.

Reste que les partitions pour clavecin  sont globalement illisibles au XXIe siècle, sauf pour les spécialistes, et même là… Les variations mineures de typographie patte-de-mouchesque censées changer l’interprétation musicale du zigouigoui rendent le déchiffrage à vue assez peu marrant, d’autant que l’interprétation change suivant l’auteur. Bref.

C’est au détour d’une énième recherche sur une traduction des hiéroglyphes clavecinesques que je suis finalement tombé sur un précis exhaustif, scanné et disponible en ligne  : Traité des signes et agréments employés par les clavecinistes français des XVIIe et XVIIIe siècles, par Paul Brunold, publié en 1965 chez Georges Delrieu, avec, page 67, la précieuse table des signes. Le livre reproduit aussi les tables de signes fournies sur certaines partitions d’époque, qui expliquent en termes non ambigus comment l’on doit développer les zigouigoui graphiques à l’interprétation. L’ouvrage n’a pas l’air d’avoir été ré-édité depuis, la copie numérique est donc nécessaire.

On va finalement pouvoir travailler la passacaille du 8e ordre de Couperin sans faire n’importe quoi.